Sèverine Harzo

Journaliste et autrice

#5. LA COQUILLE DE NOIX


   
      On était dans les premiers jours d’avril. Un dimanche. Le premier qu’ils passaient ensemble. Ils s’étaient retrouvés en début d’après-midi pour un brunch du côté des Halles en compagnie de toute leur joyeuse petite bande. Les rayons du soleil dansaient avec les couverts argentés sur la nappe de coton blanc entre les viennoiseries. Plus tard, ils avaient pris la direction de l’ouest, vers la périphérie de la ville, bien décidés à profiter encore de la douceur avant le coucher du soleil. Elle se souvient de la grande pelouse d’un jardin anglais, des allées de rosiers et d’arbres fruitiers impeccablement alignés, d’être montés puis descendus en courant à travers des sapins immenses jusqu’à ce qu’ils s’arrêtent devant l’étendue limpide du plan d’eau d’un jardin japonais où se prélassaient d’énormes poissons rouges tachés de noir. Pendant qu’elle observait leur balancement hypnotique face au courant, il avait trouvé une coquille de noix, ramassé une brindille et une feuille morte et fabriqué devant elle une minuscule embarcation. Il l’avait ensuite posée délicatement sur la surface de l’eau. La coquille avait lentement suivi l’onde légère vers la cascade. Un moment, ils la perdirent de vue et la crurent engloutie avant qu’elle ne réapparaisse un peu plus loin en contrebas. Vacillante mais intacte. Son regard à elle glissa alors sur l’implantation de ses cheveux à lui, sur sa nuque, juste derrière l’oreille, et elle sut que ce premier jour n’était qu’un préambule.